Mais quelle est l’origine de ces croyances ?
Le concept de dominance est né dans l’observation du comportement des meutes de loups. Le chien descendant du loup, l’idée est que son comportement sera le même que celui du loup. Les loups formant des meutes en respectant une hiérarchie bien structurée, les chiens en feront autant. Le chien vit avec des humains, ils forment donc une meute et nous devons le traiter comme un membre de celle-ci. Des raccourcis qui auront des conséquences terribles pour les chiens.
Apprendre des loups pour interagir avec les chiens domestiques a à peu près autant de sens que de dire : si nous voulons devenir de meilleurs parents, voyons comment s’y prennent les chimpanzés !
Dr Ian Dunbar, 2006.
Le problème est que ces observations ont été faites sur des meutes de loups en captivité. Or, on le sait aujourd’hui, les loups en captivité de se comportent pas comme ils le feraient dans leur milieu naturel. Ils vivent dans un espace qui est bien plus étendu que ceux des loups captifs. Les proies ont donc été sources de plus de compétitions et des comportements agressifs ont été beaucoup plus fréquents, laissant croire à un fonctionnement de type dominance/hiérarchie. Les loups seraient ainsi en conflit constant pour gagner une plus haute place dans la meute et ainsi bénéficier de privilèges (accès à la nourriture, aux espaces de repos, aux femelles). Les meutes de loups captifs se composent d’individus qui ne se connaissent pas, d’âge et de sexe différents et aux origines différentes. Des situations propices à des tensions sociales surtout durant la période de reproduction.
Quelles en ont été les conséquences ?
Depuis pendant près de 50 ans dans le monde de l’éducation canine, se sont alors popularisées des méthodes dont le but était donc de dominer le chien. Un message repris dans de nombreux ouvrages, et qui fait parfois écho encore à notre époque. Des règles ont alors été établies et certains de ces « conseils » vous ont même été donnés ?! Manger avant notre chien, ne pas lui autoriser les places en hauteur. Ne pas le laisser se coucher sur les lieux de passages, ne pas enjamber le chien, ne pas le laisser franchir les portes en premier. Coucher votre chien sur le dos… Toutes ces règles qui supposaient que le but du chien était d’acquérir un statut social plus élevé…
Mais qu’en est-il réellement alors ?
Si nous tenons à transposer le comportement du loup à celui de nos chiens, il faudrait au moins prendre en compte le véritable comportement du loup. Des observations de meutes de loups dans leur environnement naturel ont depuis été faites, et il s’avère que « l’alpha » ne mange pas systématiquement le premier, ne prends pas toujours la tête de la meute, n’occupe pas toujours la position la plus élevée… En fait ces règles ne s’appliquent ni aux loups, ni aux chiens…
La vision compétitive jusqu’alors mise en avant fait désormais place au principe d’organisation familiale. Les loups à l’état sauvage vivent et se déplacent en famille, constituée du couple parental et de leur progéniture. Les compétitions sont inexistantes et les bagarres plutôt rares.
David Mech, 1999
Les chiens vivant en liberté ont également été étudiés et il s’avère que la notion de meute est particulièrement inadaptée pour décrire leur mode de fonctionnement. La hiérarchie n’a que peu de sens chez les chiens, ils vivent en groupes fluctuant, et sont plutôt de nature opportuniste et pacifique.
Mais comment ont fait alors ?
Bien sûr il est important de mettre en place des règles et un cadre de vie cohérent afin de construire une relation saine, basée sur une confiance mutuelle. Une relation où l’humain est un plus un « guide », qu’un mâle alpha… Nous contrôlons presque tout chez nos chiens. Quand et qu’est-ce qu’ils mangent, où ils dorment, quand ils sortent, qui ils rencontrent… Faisons preuve d’empathie et d’un effort de compréhension. Quand un chien se comporte d’une certaine manière, il exprime certaines émotions, et non la volonté d’augmenter coûte que coûte son statut hiérarchique dans la meute…
A une époque où la réponse systématique aux problèmes de comportements d’un chien était : « il est dominant », il est désormais largement temps de le comprendre, de respecter ses émotions, de le guider et de l’épauler de manière bienveillante et d’en finir avec ce qui a trop longtemps été le cancer de l’éducation canine… Ne le méritent-ils pas ? 😊

